D’insignes trésors diplomatiques
Guerre à la guerre !
Les moralistes prennent de la hauteur ; « Le grand ennemi de la paix entre les hommes, c’est l’amour-propre (Marmontel). « L’essence de la paix est d’être éternelle, et cependant nous n’en voyons durer aucune l’âge d’un homme, et à peine y a-t-il quelque règne où elle n’ait été renouvelée plusieurs fois. Mais faut-il s’étonner que ceux qui ont eu besoin de lois pour être justes, soient capables de les violer ? » (Vauvenargues). « La grande illusion, c’est la guerre. La grande désillusion, c’est la paix (Marcel Achard). Céline, avec sa bonne humeur habituelle, retourne le couteau dans la plaie. « Une balle dans le ventre, ça ne fait pas un héros, cela fait une péritonite » (…) « Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes, la guerre venue ».
Du côté des juristes
Vive la « communauté mondiale de compréhension et respect mutuel », Pic de la Mirandole et l’humanisme 3.0 ! Mireille Delmas-Marty voudrait humaniser la mondialisation grâce aux « forces imaginantes » du droit[4]. Tout cela sent bon la ‘SDN’ (Sans Domicile Normatif) et l’entre deux guerres. « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. ‘La guerre de Troie n’aura pas lieu’ (Giraudoux) c’était en 1935, ‘La grande illusion’ (le chef d’œuvre de Renoir) en 1937 et les accords de Munich en 1938. Pas de happy end. Les disputationes théologiques et juridiques sur la ‘guerre juste’ n’ont pas pris une ride. Le dernier mot à Pascal; « Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain bien ». Un compromis ? Il faudrait faire une paix qui ait la grandeur d’âme de la guerre disait Montherlant.
Les Tambours majors de la paix et de la justice
Chez nous le tambour major en chef de la paix et de la Justice c’est Victor Hugo ; « Et de l’union des libertés dans la fraternité des peuples, naîtra la sympathie des âmes, germe de cet immense avenir où commencera pour le genre humain la vie universelle et qu’on appellera la paix de l’Europe » (…) « Vous voulez la paix : créez l’amour. Si bellum vis, odium fac ; si vis pacem, fac amorem. Proclamons la fin des orgueils, la fin des colères, la fin des glaives » (« Choses vues ») …ou entre aperçues… « Qui dit frontière, dit ligature. Coupez la ligature, effacez la frontière, ôtez le douanier, ôtez le soldat, en d’autres termes, soyez libres ; la paix suit » (…) « Nous voulons que le peuple vive, laboure, achète, vende, travaille, parle, aime et pense librement, et qu’il y ait des écoles faisant des citoyens, et qu’il n’y ait plus de princes faisant des mitrailleuses. Nous voulons la grande république continentale, nous voulons les États-Unis d’Europe, et je termine par ce mot : La liberté, c’est le but ; la paix, c’est le résultat » (« Actes et paroles »)… paroles, paroles…Si la poésie a ses privilèges, la vérité a ses droits. L’héritage de cet idéalisme a été accepté sans bénéfice d’inventaire par l’Occident. La folie meurtrière de la 1ere guerre mondiale a réveillé les consciences et suscité des vocations. Les hommes et les femmes de bonne volonté constituent une grande famille, avec de nobles grands-pères indignés, de beaux enfants aux cheveux longs. ‘Plus jamais cela’, la ligue internationale des combattants de la paix, Peace and love. Mais la guerre et l’injustice sont deux ennemis redoutables. Même armé des meilleures guitares, prix Nobels et indignations du monde, le combat sur deux fronts n’est jamais facile. Un aphorisme à méditer pour les noctambules de la place de la République « Sans la police tout le monde tuerait tout le monde et il n’y aurait plus de guerre » (Henri Jeanson).
Rien n’est simple. Aujourd’hui les terroristes sont au sud-est et les citoyens du Monde humanistes sont à l’ouest. « Il est faux de dire que l’histoire ‘ne repasse pas les plats’ : elle ne fait que ça, et même sa principale spécialité est le réchauffé ou le surgelé » (Jean François Revel). Les développements du catalogue de l’exposition, sont convenus, ad usum Delphini ; « Sur ces bases directement héritées de l’histoire européenne, l’ordre international est encore et toujours à reconstruire, mais aujourd’hui, pour espérer être pertinent et durable, il doit s’inscrire dans la prise en compte de tous les domaines touchant la vie humaine et se fonder sur la reconnaissance de l’altérité comme principe fondateur d’un monde globalisé, multipolaire et riche de ses diversités »[6]. Ah, si tous les gars du monde… !
Le quai d’Orsay se raccroche à des morceaux de bravoure[7] et nourrit encore quelques illusions sur la place de la France dans le concert des nations. Mais Marianne a passé l’âge du Heavy Metal et des raves. « La France agit résolument pour la paix et la sécurité à travers le monde. Elle participe, avec les autres acteurs globaux, à la recherche déterminée d’issues justes et équilibrées aux crises qui menacent la stabilité internationale. Sa volonté d’assumer cette mission tient aujourd’hui à son statut de membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies et à son rôle, avec l’Allemagne, au sein de l’Union européenne. Elle relève surtout de la longue histoire qui est la sienne et des liens qu’elle a su tisser au fil du temps avec toutes les nations »[8]. C’est le ‘surtout’ qui tue.
Nous avons eu les grands de la Cour, mais nous ne jouons plus dans la cour des grands. Le syndrome de la ligne Maginot est un atavisme national; les pieds dans le béton et la tête dans le sable. « La ligne Maginot avait cette propriété miraculeuse, qu’elle partageait avec les gaines élastiques, de vous donner une silhouette jeune et moderne longtemps après l’âge… » (Roger Nimier). En 2016, les réfugiés, miséreux, oppressés, qui désirent s’en sortir, ne s’y trompent pas. Ils ne s’attardent pas dans le pays des droits de l’Homme où il fait bon vivre. Ils préfèrent Calais à Panane, en route vers l’enfer thatchérien, le travail, l’espoir. Cela devient vexant. « C’est une terrible pitié que de voir un peuple qui a besoin d’aimer et ne trouve rien pour satisfaire son amour » (Nimier).
« Ordre et désordre du monde »
Consubstantielle au suicide collectif en marche, l’abolition des repères et du principe de Raison, nourrit une économie psychique fondée sur l’hybris et la pléonexie, le tout à l’égo, la jouissance pour tous et le nihilisme pour chacun. L’homme sans gravité et la folie trans-humaniste nous réservent des fins de ‘moi’ difficiles. La doxa bienpensante et le ‘la’ sont donnés par une armée de sociologues, chercheurs, journalistes, moitrinaires, naïfs et rentiers du lieu commun, coupés des réalités de terrain. Les ‘pères peinards’ de l’EHESS, franciscains du CNRS ou de France Culture, tweetent sur le commerce moral et le capitalisme équitable, à moins que ce ne soit l’inverse. Don Camillo laïques[12] de la révolte participative et du Mondial moquette de l’indignation permanente, ils entendent des voix, font des rêves et veulent des droits[13], un revenu universel garanti, et des smart phones pour tous ; sans oublier les réfugiés de la jungle de Calais, finalistes du grand ‘inter-villes’ humanitaire qui ne fait que commencer. « Il faut savoir désespérer jusqu’au bout » (Nimier).
Lorsque le Président de la République veut décerner la légion d’honneur aux victimes du terrorisme[14] et croit noyer le pois(s)on en prétendant que la France est une « idée » (éludant tout adjectif qualificatif), l’heure est grave et nous avons du souci à nous faire. « N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir » (Jules Renard). Une société ne saurait être fondée sur le « vivre ensemble participatif citoyen et durable », le convivialisme ‘no border’, la méthode Coué et la planète des songes. L’indignation, la compassion et l’émotion ne sont ni un programme, ni des principes. On ne s’en sortira pas avec les murmures démagogiques à l’oreille de la jeunesse, le traité de Maastricht expliqué à Hanouna par Cyprien sur youtube, le Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé de Saint Pierre en bande dessinées, ou l’enfilade de bons sentiments comme des colliers de nouilles pour la fête des frères. Le problème du multiculturalisme ce n’est pas le multi, le problème c’est la Culture ; elle a disparu. Pour paraphraser Marx, assez transformé le monde, il est temps de l’interpréter ! Il ne s’agit pas de penser moderne, mais de penser juste. « On ne se bat point pour des idées abstraites d’ordre, de paix, de patrie ; ou si l’on se bat pour elles, c’est qu’on y attache des idées de sacrifices ; alors on sort de la morale des intérêts pour rentrer dans celle des devoirs : tant il est vrai que l’on ne peut trouver l’existence de la société hors de cette limite ! » (Chateaubriand).
En attendant la ‘convergence des consciences,[15] la ‘grande République universelle,’ le capitalisme du XXIIème siècle et un futur serment de ‘Strasbourg-Saint Denis’, il faut aller au Petit Palais admirer le portrait de Talleyrand par Prud’hon et la ‘La paix par l’arbitrage’, une très belle esquisse peinte par Albert Besnard (1849-1934) pour la décoration de la salle des délibérations du Palais de la paix de La Haye.